Dévotion - Janvier 2012

  

ET QUI EST MON PROCHAIN ?

Le commandement d’aimer son prochain apparaît à plusieurs reprises dans l’Ancien Testament et  8 fois dans le Nouveau Testament, et en particulier :

Dans Proverbes 14/21 : "
Celui qui méprise son prochain commet un péché, Mais heureux celui qui a pitié des misérables !"

Dans Lévitique 19/18 : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même".
 

Dans Matthieu 22/37-40 : "Jésus lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée.  C'est le premier et le plus grand commandement.  Et voici le second, qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même.  De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes".

 

Dans Marc 12 /33 : "Aimer son prochain comme soi-même, c'est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices".

 

Dans Romains 13/9-10 : "En effet, les commandements: Tu ne commettras point d'adultère, tu ne tueras point, tu ne déroberas point, tu ne convoiteras point, et ceux qu'il peut encore y avoir, se résument dans cette parole: Tu aimeras ton prochain comme toi-même".

 
L'amour ne fait point de mal au prochain: l'amour est donc l'accomplissement de la loi.
 

Si le commandement d’aimer est clair, en revanche, la question de l’identité de ce prochain est peu abordée ; quel est ce prochain que je dois aimer ? Qui est mon prochain ? Mais aussi comment aimer mon prochain ?

 

Les disciples, le peuple, ne posent pas la question, sans doute parce que l’exemplarité de l’amour inconditionnel de Jésus envers tous, sans aucune exclusive, même les plus réprouvés, est suffisamment éloquente en elle-même.

 

Telle n’est pas la position adoptée par les docteurs de la loi, les rabbins, qui, veulent "éprouver  Jésus", nous dit la Bible en Luc 10/25-29.

 

Mais la question n’est pas posée directement : parce qu’il s’agit de mettre ce prophète en difficulté, un de ces docteurs de la loi va aborder un problème de fond : Que faire pour hériter la vie éternelle ?

 

Jésus sait parfaitement à qui il s’adresse et pourquoi cette interrogation est formulée de cette façon ; c’est pourquoi Il renvoie le docteur de la loi à ce qu’il est censé connaître le mieux, c’est-à-dire la loi, et l’oblige à citer publiquement ses commandements en Luc 10/27 : "Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même."

 

La réponse de Jésus à celui qui voulait lui faire subir un test le fait apparaître dans toute Sa grandeur d’envoyé de Dieu : non seulement c’est Lui qui apprécie la réponse ("Tu as bien répondu"), mais surtout, ce qui est inimaginable, Il promet la vie au Docteur de la Loi : "Fais cela et tu vivras".

 

Il est tout à fait certain que l’expression de cette "force tranquille" ne pouvait que déplaire au rabbin qui ne s’avoue pas vaincu et cherche une riposte qui prend la forme d’une nouvelle question : "Et qui est mon prochain ?", qui nous amène à la parabole du bon Samaritain en Luc 10/30-37, qu’il est important de lire intégralement :

 

"Jésus reprit la parole, et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s'en allèrent, le laissant à demi mort.
Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre.

Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l'ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu'il le vit. 

Il s'approcha, et banda ses plaies, en y versant de l'huile et du vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. 

Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l'hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. 

Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands? 

C'est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même." 

 
Que dit cette parabole ? Quels en sont les acteurs et les évènements ?
 

Quand on relit plusieurs fois ce passage, on est frappé par le fait que ces scènes auraient pu se dérouler ailleurs et en d’autres temps, y compris de nos jours.

 

On pense à un fait divers presque banal, dont les agences de presse auraient pu faire une dépêche, que la presse aurait reprise sous forme d’articles divers, selon les courants  de pensée et les convictions ; on peut ainsi imaginer quelques exemples de titres pour ces articles :

 

*

"La Palestine a peur"
   
* "Un blessé sauvé par un travailleur immigré"
   
* "Quand la fraternité triomphe de la violence"
   
* "Le miraculé de la route de Jéricho"
 
 
Je vous laisse le soin  d’imaginer les titres de ces journaux évidemment fictifs….
 
 
Et pourtant dans cette parabole, l’ordinaire côtoie l’extraordinaire :
 
*

C’est un homme ordinaire qui voyage dans ce secteur de Judée ; on ne connait pas plus ses origines  que sa confession  ou son mode de vie ; et c’est précisément cet anonymat qui fait tout le prix de la compassion du Samaritain.

   
* Ce sont des voyous ordinaires qui attaquent  cet homme seul pour le voler et le battre à mort.
   
* C’est l’indifférence ordinaire, la peur ordinaire,  qui dictent leur conduite à 2 témoins qui découvrent ce blessé, agonisant sur la route.
   
*

Mais quelle attitude extraordinaire (dans le mauvais sens du terme évidemment) de ces hommes, tous deux serviteurs de Dieu, un prêtre et un Lévite, en qui l’Eternel a placé Sa confiance ; en effet en Nombres 3, l’Eternel dit à Moïse, à propos des Lévites : "Ils feront le service du tabernacle", et plus loin "Les Lévites m’appartiendront" ; on imagine la souffrance insupportable de l’Eternel face à cette trahison, à ce délit flagrant de non-assistance à personne en danger.

   
*

Face à cette attitude de la barbarie ordinaire, c’est un Samaritain ordinaire qui va se révéler extraordinaire ; ce voyageur étranger à la Judée va immédiatement porter secours à ce frère dont il ne sait rien, dont il ne veut rien savoir, simplement parce qu’il est "ému de compassion", c’est-à-dire étymologiquement, qu’il souffre avec lui et pour lui ; il a vu, il agit, il soigne, il sauve une vie. Il aurait pu se contenter de cela ; mais non, sa solidarité doit aller plus loin ; hors de question pour lui d’abandonner cet inconnu blessé ; désormais leurs destinées sont liées. Alors, il l’installe sur sa monture, et  continue sans doute à pied jusqu’à cet hôtel où le malade pourra se reposer ; une nouvelle fois, la parabole aurait pu se terminer de cette façon ; mais non, le Samaritain a décidé non seulement de sauver, mais aussi de soigner et de guérir ce frère que le Seigneur a placé sur sa route ; alors il paie l’hôtelier pour l’hébergement et les soins et annonce que les frais supplémentaires seront réglés par lui quand il reviendra ; encore une fois celui qui donne ne peut abandonner… Il reviendra.

 

 
Extraordinaire, la victoire de Jésus qui dicte sa conduite à un docteur de la loi : "va et toi fais de même".
 
 
Oui,  cette parabole parle aussi à nos propres consciences et mémoires :
 

Qui ne se souvient de ces jeunes filles agressées dans le train de banlieue ou le métro dans un wagon plein de voyageurs sans que personne n’ose intervenir ; et nous qu’aurions nous fait ? Que ferions-nous encore ? Prions pour qu’aujourd’hui, le Seigneur nous donne la force et le courage de nous lever pour nous adresser au tortionnaire en lui disant : "Au nom de Jésus, je t’ordonne de laisser cette femme"

 

Qui n’a en mémoire, le récit de cette personne âgée retrouvée morte à son domicile après plusieurs semaines sans aucune visite. Et nous, prenons nous des nouvelles des aînés qui vivent dans notre immeuble ou habitent notre rue ? Prions pour que nous soyons nous aussi "émus de compassion" face à la solitude, à l’isolement.

 

Qui ne côtoie chaque jour dans les transports ou en ville ces S.D.F., qu’on n’appelle plus clochards, devant qui chacun passe en détournant le regard face à la saleté, à l’hébétude, à l’ivrognerie. Prions pour que nous prenions le temps, non seulement de donner un euro mais surtout une minute pour tendre la main, prononcer une parole de réconfort et croiser ces regards en y voyant celui du Christ…

 
 
Enfin la force de cette parabole réside aussi dans ses symboles :
 

On l’a vu, le sacrificateur et le Lévite, après avoir vu le blessé "passent outre" ; Jésus ne choisit pas ses personnages au hasard, surtout pour s’adresser à un docteur de la loi ; il ne laisse pas non plus entendre que tous les sacrificateurs et tous les Lévites auraient eu le même comportement ; une fois encore il n’est pas venu pour abolir la loi mais la faire respecter, notamment dans ses principaux commandements ; clairement il indique sa préférence pour cet étranger qui peut être ne connaît pas les textes de la religion, mais spontanément met en œuvre et en actes ce commandement d’amour de son prochain ; il ne condamne pas ce rabbin qui lui fait face, mais lui montre le chemin de son salut…

 
L’huile et le vin sont bien sûr utilisés à cette époque pour désinfecter et cicatriser les plaies ; mais on y voit aussi cette symbolique forte de l’onction et de la vie sauvée par le sang du Christ.
 

Les 2 deniers d’argent correspondent à 2 journées de travail ; ce sont peut-être les dernières pièces du Samaritain, comme sa force offerte, une offrande donnée à  ce frère en Christ, et donc au Christ lui-même.

 
"Ce que tu dépenseras, je te le rendrai à mon retour" ; c’est une phrase  extrêmement forte qui annonce le retour du Christ et aussi Ses bénédictions pour ceux qui auront appliqué Ses commandements.
 
 

Pour conclure, voilà quelque citations, quelque pistes pour prolonger notre réflexion commune sur ce thème de "Qui est mon prochain" :

 
"Si je t’écoute, Jésus, qui sera mon prochain,
Qui sera mon ami ?
Pas seulement celui qui me ressemble,
Pas seulement celui qui me plait,

Mais aussi celui que je rencontre par hasard sur ma route, celui qui me fait perdre du temps,

Et de l’argent,

Celui que tout le monde évite".

Extrait de "Parlez-nous de Jésus", Ed. Tardy
 
 
 

"Et qui est le prochain ? N'importe qui : cet homme qui passe et dont la figure ne me plaît guère, cet inconnu ou celui-là que je connais trop, voire l’ennemi même que j’ai envie de frapper au visage et qu’il m’est enjoint d’embrasser."

Daniel-Rops, Extrait de "Jésus en son temps".
 
 
 

"Il faut pour les humains d’autres humains, des gens qui s’approchent, s’interrompent et tentent de conjurer le malheur. Ils le font avec ce qu’ils ont sous la main. L’homme venant de Samarie avait exactement ce qu’il fallait (…). Le mouvement de l’homme vers un autre homme peut parfois n’être que bonté sans calcul(…). Qui est qui ? d’aucuns voient dans cet homme à demi-mort le Christ blessé et abandonné. Qui sait ? ils se confondent parfois. J’étais malade et vous êtes venu me voir… Qui est celui que j’ai rencontré ?"

Sœur Myriam, Extrait de "Continuer l’Evangile",  Réforme Ed. Olivetan, Lyon, 2008
 
 
 

Olivier Godchau - Melun - Etudiant de 1ère année

 

 
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